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mardi 13 août 2019

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC EVARIST MENKOUANDE

Evarist Menkouande. Un nom à inscrire dans les annales de l'arbitrage international. En ce moment où l'homme en noir de 45 ans a atteint l'âge de se retourner, il aperçoit à l'horizon une riche et passionnante carrière marquée notamment par la finale de la CAN 2019 qu'il a dirigée récemment au Caire. Une fin de carrière idéale pour cet officier de la police Camerounaise. Au fait, c'est le fruit du professionnalisme, de la probité, en bref, des multiples qualités dont il a fait preuve tout au long de sa carrière. Le chemin qu'il a parcouru fascine et obstine. Ses sept participations  à la CAN et ses multiples expériences en coupe du monde (2010, 2014) en font une exception. Son fanion définitivement rangé, le désormais ex-arbitre international a entamé nouvelle carrière, celle d'instructeur d'arbitre avancé en terminant troisième lors du stage de formation "futuro 3" organisé par la FIFA et la CAF au Togo du 5 au 9 août 2019. Une autre carrière qu'il entend marquer de ses empreintes  en laissant à la postérité son immense vécu. Entretien exclusif.

 Première question : quel est votre sentiment à l'issue du stage auquel vous venez de prendre part au Togo ?

C'est un sentiment de joie, le sentiment d'un homme qui a tout donné en arbitrage, qui a tout fait et tout reçu de l'arbitre et qui a décidé de son propre gré d'arrêter et immédiatement à la demande de la CAF et la FIFA, de répondre à l'appel de devenir Instructeur CAF FIFA, question de transmettre ce que j'ai reçu comme expériences durant cette longue et riche carrière aux arbitres nationaux et internationaux.

Quels sont les enseignements de ce stage ?

Parlant de cette formation, elle permet aux participants de maîtriser tout d'abord la pédagogie de l'enseignement, de maîtriser l'analyse des vidéos. Elle permet également de maîtriser la pratique, les exercices écrits pour la formation des jeunes arbitres par rapport aux lois de jeu. Il y a aussi la phase pratique qu'elle permet de mieux assimiler pour mieux transmettre votre enseignement notamment sur le comportement d'un arbitre sur le terrain, son placement, déplacement, son sens de l'anticipation, la lecture du jeu, la lecture du mouvement de chaque équipe, comment elles évoluent, car chaque décision dépend de la situation dans laquelle les joueurs et les équipes évoluent. De même, cette formation nous permet de savoir comment il faut suivre un arbitre au cours d'un match et pouvoir le noter, et plus tard lui apporter les conseils par rapport à votre appréciation. Enfin, je vais dire que cette formation permet de pouvoir connaître qu'en toute situation de vie, vous restez un parent, vous êtes comme un miroir et vous devez être prêt à toute éventualité de situations des arbitres  dans le coaching, que ce soit dans les Ligues, les divisions et même à l'international. Donc de manière résumée, cette formation vous donne des aptitudes et des potentialités à pouvoir servir de guide, de suivi des arbitres, leur notation, leur évaluation et pouvoir faire un Feedback aux instances nationales et internationales. L'apprenant arbitre attend beaucoup de vous et vous devez être outillé pour lui apporter une solution adéquate à ses préoccupations en matière d'arbitrage.



Racontez-nous vos débuts en arbitrage

Ma passion pour l'arbitrage part de mes talents d'athlète. J'étais un bon athlète, j'ai fait l'athlétisme en 100, 200m et les relais. J'ai fait plusieurs finales des jeux OSSUS à l'époque avec les géants d'avant tels que Selemou. Malheureusement, le suivi m'a fait défaut du fait du manque de moyen et personne n'a voulu croire en moi pour me soutenir. Je suis persuadé que j'aurais fait une belle carrière en athlétisme. Arrivé au lycée de meiganga, j'ai commencé à diriger des matchs des interclasses. C'est ainsi qu'un professeur, Monsieur Zengue qui doit certainement être au sud maintenant et Monsieur Nko'o, ancien coach de Dragon FC ont décidé de m'adopter en me donnant tout le temps le sifflet. Ça me réussissait et j'ai ainsi été détecté par le président de la ligue départementale du Mbéré qui m'a permis de faire une formation animée par Monsieur Ntazo. Voilà tout est parti. J'ai pris goût au fur et à mesure que j'arbitrais les matchs. Puis, je suis venu dans mon département d'origine à Abong Mbang où on m'a copté et j'ai commencé à officier les matchs départementaux. J'ai réussi ensuite les tests de la région en terminant toujours premier. C'est ainsi que ma carrière a décollé en 1999 lorsque je suis venu faire les tests à Yaoundé. Lors de la promotion Abel Mbida le sénateur, j'ai terminé premier des assistants. L'aventure a continué jusqu'en 2003 où je suis passé international. La suite vous la connaissez.

Quel souvenir gardez-vous de votre longue et riche carrière d'arbitre ?


Je ne peux que garder de très bons souvenirs après ma carrière d'arbitre en activité. Il faut d'abord reconnaître que ce n'est pas un métier facile, c'est une activité qu'il faut mener avec amour. Quand vous venez dans l'arbitrage, il faut l'aimer, il faut être passionné,  il faut être endurant et surtout travailler très dur. Donc après toutes ces périodes passées à courir derrière les situations de match, je pense que j'ai gardé de bons souvenirs non seulement sur le terrain, mais aussi de l'ambiance qui régnait. Quand vous avez la responsabilité de départager les gens dans l'équité, ça vous donne beaucoup de richesse en matière de relations, vous allez dans plusieurs pays, vous rencontrez plusieurs personnes différentes, vous vous créez des amitiés, vous partagez et ça permet aussi de pouvoir développer d'autres connaissances tout en se créant de nouvelles relations. L'arbitrage était une très bonne aventure pour moi sur le terrain, j'ai beaucoup aimé car j'y ai mis du cœur, de l'amour et de la passion. Il est bien vrai que ça n'a pas toujours été rose, j'ai connu des moments difficiles où je pouvais laisser ma vie sur le terrain, mais ce n'était pas important car il fallait rester focaliser sur son devoir et que s'il fallait y laisser sa vie, ce n'était pas grave car la nation ou l'instance qui vous a envoyé reconnaîtra que vous êtes un homme qui ne faisait que son travail, même si ça lui a coûté la vie. Le Seigneur n'a pas voulu qu'on en arrive là et je le remercie de tout cœur pour m'avoir accompagné durant toute cette aventure. Je suis un homme comblé, j'ai décidé personnellement d'arrêter ma carrière et de pouvoir être utile à mes jeunes frères.

Arrêter sa carrière à l'issue d'une finale de la CAN, c'est un couronnement, n'est-ce pas ?

C'est merveilleux d'arrêter sa carrière en officiant une finale de la CAN. C'est très difficile que cela arrive à un arbitre. C'était ma 7e CAN et ma 5e finale. Mais mon challenge était vraiment de sortir par cette porte là. Dieu me l'a permis et surtout de bien terminer. Merci au Seigneur, à tous ceux qui m'ont encouragé, qui m'ont apporté des conseils, qui m'ont accompagné et même à ceux qui m'ont jeté des peaux de banane parce qu'ils m'ont permis de savoir bien m'outiller pour affronter les difficultés. Je suis un arbitre en retraite comblé et il faut savoir que c'est moi-même qui ai décidé d'arrêter parce que la FIFA m'a donné l'ouverture. J'avais encore des qualités pour tenir physiquement mais j'ai dit non j'arrête là car les autres doivent aussi continuer, la preuve j'ai passé le fanion à mon jeune collègue Noupoué que je vois venir comme bon arbitre assistant au Cameroun et qui pourra lever haut ce fanion. Donc maintenant je reste utile et disponible à tout moment où les instances voudront de mes services pour pouvoir encadrer nos jeunes tant sur le plan national qu'international.

Quels étaient vos modèles dans l'arbitrage ?


Je me suis beaucoup inspiré de Monsieur Dramane Danté qui était un grand assistant de nationalité malienne. Il a participé à plusieurs coupes du monde et d'autres grandes compétitions. À côté de lui, il y a également Edeng Zogo, notre doyen qui m'a passé solennellement ce fanion en Tunisie en 2007. Ces deux arbitres ont été des modèles pour moi car ils faisaient leur travail avec amour, détermination, sans état d'âme, sans toutefois montrer des faiblesses. Ils avaient une rigueur que j'ai essayée de copier et cela m'a réussi. Je pense que je n'ai pas eu tort de les avoir comme modèles. Je crois que c'est une inspiration divine. Je ne peux que leur dire merci de m'avoir d'une manière ou d'une autre donné cette visibilité et d'arriver là où je suis arrivé.


Quel appréciation faites-vous de l'arbitrage Camerounais ?


L'arbitrage Camerounais a beaucoup évolué car en Afrique si on compte quatre pays où on parle d'arbitrage, le Cameroun en fait partie. Et ceci est dû au fait que la fédération a eu une vision de créer un département d'arbitrage piloté par le doyen Evehe Divine qui est un instructeur FIFA et CAF. A travers lui, nous avons beaucoup d'autres instructeurs maintenant. Cette commission a une large vision de vouloir faire de l'arbitrage Camerounais une référence en Afrique. Nous sommes très bien suivis, on a vraiment de la chance d'avoir le doyen Evehe Divine auprès de nous ainsi que d'autres aînés qui nous donnent des conseils et nous poussent à travailler. Il y a des regroupements en permanence ainsi qu'un suivi qui est effectué dans les matchs. C'est parce que nul n'est prophète chez soi. L'arbitrage Camerounais se porte très bien, la preuve est la dernière CAN, c'est l'arbitrage Camerounais qui a fait le match d'ouverture et la finale. C'est vrai que je l'ai fait à plusieurs reprises, Evehe aussi. Aujourd'hui, les gens comprennent qu'il faut compter sur l'arbitrage Camerounais pour développer le football Camerounais et même africain. Il faut avoir confiance aux arbitres Camerounais parce qu'ils sont bien suivis, bien instruits et bien formés. Et nous arrivons pour booster davantage le niveau. Il faut désormais compter sur l'arbitrage Camerounais tant sur le plan national qu'international.



Comment comptez-vous contribuer concrètement à l'essor de l'arbitrage Camerounais ?

Il faut juste que les moyens soient mis à la disposition du département d'arbitrage pour qu'on puisse davantage bien organiser les formations. Maintenant que je suis instructeur, je mettrai tout à la disposition de cette commission lorsque je serais sollicité. Nous allons également initier des programmes car nous, en tant que instructeurs nous sommes aussi suivis, on nous évalue par rapport à ce que nous allons faire sur le terrain. Donc, avec le doyen Evehe Divine, nous allons mettre en place des programmes de formation et de suivi pendant les matchs et les regroupements. La relève étant aussi l'une de nos priorités, il sera question d'aller dans les régions, les arrondissements, les départements et même les Ligues pour former les arbitres et détecter les nouveaux talents. Donc, il y a un vaste programme et c'est suivi tant au niveau national qu'international. Nous devons faire des rapports, la FIFA nous suit avec des clips. Il n'y a pas lieu de dormir car ça devient même plus rude car vous serez évalué aux résultats.  Si tu veux qu'un arbitre puisse participer à la coupe du monde 2022, c'est maintenant qu'il faut le préparer et cela passe par une vision. Il faut commencer à préparer vos talents pour y arriver. Il faut travailler à tous les niveaux. Sur le plan mental, sur les plans technique, psychologique et physique, bref, sur tous les plans car pour avoir un bon arbitre, il faut qu'il soit prêt sur tous ces critères.  J'insiste particulièrement sur l'aspect moral car quand tu es arbitre, c'est un aspect qui doit être acceptable. Il ne faut pas casser ta carrière pour des pots de vin et des choses qui vont discréditer l'arbitrage. Il faut travailler sur tous ces aspects si l'on veut continuer à avoir de bons arbitres capables de bien représenter le Cameroun et l'Afrique toute entière. Rien n'est à laisser ni en avant, ni en arrière. En terme de pratique sur le terrain, de théorie en salle, de comportement social, de conseil, tout ce qu'on attend d'un arbitre doit être passé au peigne fin.

Selon vous, qu'est-ce que vous pouvez inspirer à la jeunesse ?


Je ne sais pas ce que la jeune génération doit retenir de moi. Ça dépend de l'appréciation de tout un chacun et surtout de celui qu'on choisi comme modèle. Pour prendre Mekouande comme modèle,  il faut travailler dur, éviter les intrigues, éviter de se mêler dans des situations qui peuvent vous embarrasser comme la corruption, éviter la boisson, les aventures nocturnes. Il faut vraiment être concentré, travailleur et surtout copier ceux qui font bien dans le domaine. Il faut travailler physiquement, tactiquement, techniquement et surtout accepter les critiques. La lecture des lois de jeu doit être une routine pour vous. Il faut se remettre perpétuellement en cause pour améliorer vos performances. J'insiste sur la corruption qu'il faut absolument éviter car cela peut compromettre votre carrière et ternir votre image.


Pour sortir de cet entretien, quels conseils donnez-vous à un jeune qui rêve d'une grande carrière d'arbitre ?



Un jeune qui rêve de devenir un grand arbitrage doit d'abord avoir la passion. Le faire parce que son cœur, son âme, son esprit, ses moyens physiques, techniques le lui permettent. Pour moi, c'est le plus beau métier du monde. Il faut être moralement prêt parce que ce ne sera pas facile. Il faut qu'il ouvre ses oreilles à l'écoute, qu'il soit humble, qu'il ne soit pas envieux et qu'il prenne ce que l'autre fait de bien comme un exemple d'évolution. Il faut qu'il s'éloigne de ce qu'on appelle la corruption s'il veut aller le plus loin possible. Il faut qu'il travaille dur et bien en toute humilité car c'est le seul chemin qui pourra le propulser au sommet. Il faut qu'il croit en lui et qu'il ait une soif intarissable de la recherche de la connaissance pour être en phase avec l'évolution des lois et règles du domaine. Le travail éloigne de nous trois maux, le vice, l'ennuie et le besoin.

 Beaucoup de courage et bonne chance pour la suite de l'aventure !

C'est moi qui vous remercie tout en espérant que j'ai répondu à toutes vos préoccupations. Je suis content parce que j'ai fini le stage en beauté en terminant 3e au classement général et c'était ma première fois de participer à un tel stage. C'est une nouvelle aventure qui commence pour moi. Je pense qu'avec la volonté de Dieu, j'y parviendrais, en donnant satisfaction à mes jeunes frères et amis arbitres tant au niveau national qu'international. 

Par Sylvain KWAMBI

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